Gouverneur général du Canada

Gouverneur général du Canada

12 janv. 2008 10h00 HE

Concert commémoratif en hommage à Oscar Peterson : Toronto, Roy Thomson Hall - le samedi 12 janvier 2008

ALLOCUTION SOUS EMBARGO JUSQU'À 16 H, LE SAMEDI 12 JANVIER 2008

TORONTO, ONTARIO--(Marketwire - 12 jan. 2008) - Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer la vie d'un homme qui a touché le cour et l'âme de tant de mélomanes dans le monde. Surnommé le "maharajah du clavier", Oscar Peterson a marqué à jamais le patrimoine culturel mondial.

Par son génie et son talent artistique, il parvenait à envoûter d'une manière prodigieuse aussi bien les musiciens que le public, que ce soit lorsqu'il accompagnait des légendes du jazz, qu'il jouait pour des membres de la royauté ou qu'il donnait des spectacles devant des amateurs de jazz.

Dès qu'il voyait le grand Oscar Peterson sur scène, se séchant le visage avec son mouchoir au milieu d'un orchestre philarmonique ou jouant du piano comme si de rien n'était, le public en redemandait. Il ne se lassait jamais de l'entendre. C'était le cas notamment lorsqu'il se produisait au Festival international de jazz de Montréal. Quel bonheur c'était que de voir ce virtuose revenir jouer dans sa ville natale.

Icône du jazz, prodige de la scène musicale, Oscar Peterson est un trésor national dont l'ouvre continuera d'inspirer les mélomanes pour des générations à venir.

Mais que dire de la personne, de cette âme passionnée, de cette intelligence vive assise derrière la "boîte d'ivoire", "ivory box", pour reprendre la belle expression de Count Basie?

Je suis convaincue que la source de l'incroyable créativité d'Oscar Peterson résidait dans sa quête d'excellence, une quête qu'il poursuivait sans concession ni demi-mesure.

Lors d'une série de spectacles d'une semaine qu'il donnait dans un club de jazz à New York, le virtuose a été victime d'un accident vasculaire cérébral qui a paralysé sa main gauche.

Loin de se laisser décourager par ce malheur, il est revenu à la charge deux ans plus tard, avec courage et plus que jamais déterminé à charmer de nouveau le public avec sa musique.

Et il a réussi!

A Cargenie Hall, il a été ovationné par un auditoire enthousiaste.

Il a enregistré également deux autres albums.

Et il s'est vu remettre le Prix pour l'oeuvre d'une vie à la cérémonie des Grammy Awards.

Cette "recherche de la perfection", comme il l'appelait, témoigne avec éloquence de sa force de caractère.

Et je crois savoir d'où lui venait cette détermination à toute épreuve!

Avant de devenir gouverneure générale du Canada, j'ai vécu pendant 15 ans avec mon mari, Jean Daniel-Lafond, dans le quartier même où Oscar Peterson est né et a grandi. En fait, c'est son bon ami, Oliver Jones, qui m'a fait connaître le quartier de la Petite Bourgogne, à Montréal.

J'ai été tellement touchée par ce que j'y ai vu et entendu : les histoires de porteurs noirs qui travaillaient dans les chemins de fer, les familles dont les origines remontaient aux loyalistes noirs, et l'esprit communautaire, vous savez cet esprit de famille qui fait que, dans un quartier, on élève autant nos enfants que ceux des autres.

La Petite Bourgogne est riche d'une histoire passionnante, et j'avais le sentiment que cette histoire faisait écho à la mienne.

J'ai donc décidé d'emménager dans une maison située à quelques pas d'où résidait la famille Peterson.

Et dans les traces d'Oscar Peterson, j'ai fréquenté les mêmes organisations que celles qu'il avait connues durant son enfance et son adolescence, comme l'église Union United, la plus ancienne congrégation noire du Québec, où l'on tape du pied et des mains durant la messe.

Je garde encore un souvenir ineffable d'une célébration communautaire au Negro Community Centre, où toutes les générations, des plus jeunes aux plus âgés, chantaient et dansaient autour d'un piano poussiéreux, pendant qu'Oliver Jones jouait.

Tout comme ceux d'Oscar Peterson, mes parents étaient des immigrants des Caraïbes qui, malgré la pauvreté, les épisodes de racisme et autres difficultés, étaient déterminés à voir leurs enfants donner en tout temps le meilleur d'eux-mêmes.

Oscar Peterson a donc appris la valeur de l'effort, l'humilité et la persévérance. Des valeurs qui lui ont été transmises par ses parents, mais aussi par sa sour Daisy Sweeney, de qui il a reçu une base en musique classique, et par la plus ancienne communauté afro-canadienne du Québec.

Je retrouve cette même détermination chez sa nièce, ma très bonne amie, Sylvia Sweeney, journaliste, athlète et cinéaste hors pair, qui a rendu hommage à son oncle dans un superbe documentaire.

Or, plus d'une fois, la détermination d'Oscar Peterson a été mise à rude épreuve.

Seul musicien de race noire à l'époque lorsqu'il faisait partie du Johnny Holmes Orchestra, il a souvent été victime d'intolérance et de ségrégation.

Pourtant, le racisme dont il était l'objet n'a jamais ébranlé ses certitudes ni sa volonté d'aller de l'avant. Au contraire, il a préféré mettre à profit chaque occasion possible de promouvoir les droits et les libertés des laissés pour compte.

Il s'est engagé en faveur des droits de la personne, s'employant de tout son cour à aider les jeunes de milieux défavorisés au Canada et à l'étranger.

C'est en reconnaissance de ses réalisations incomparables dans le domaine de la musique et de son dévouement sans borne en faveur de la liberté et de la justice qu'Oscar Peterson avait été nommé Compagnon de l'Ordre du Canada - la distinction honorifique la plus prestigieuse au pays.

Créé il y a plus de quarante ans, l'Ordre est une façon de rendre hommage à des personnes d'exception qui, tout au long de leur vie, se sont distinguées par leur contribution à l'édification de notre pays.

Portant la devise "ils veulent une patrie meilleure", la médaille en forme de flocon de neige est le symbole par excellence d'un idéal auquel aspirent les Canadiennes et les Canadiens, une décoration qu'Oscar Peterson arborait avec fierté, partout où il allait.

Oscar Peterson était un modèle de dévouement, un dévouement désintéressé qui, espérons-le, sera une source d'inspiration pour d'autres.

Un modèle dont nous avons d'autant plus besoin dans un monde où la liberté et la solidarité sont trop souvent sacrifiées au profit du "chacun pour soi", "chacun pour son clan".

On le remarque dans la résurgence d'animosités ethniques et religieuses qui déstabilisent des régions entières du globe.

On le perçoit également dans la croissance des inégalités sociales qui contribuent à maintenir des populations entières dans la misère et la pauvreté.

On le constate aussi dans la façon dont nous élevons entre nous des murs d'indifférence qui sont la cause de tant de solitudes dans notre société.

Je crois que nous gagnerions à suivre l'exemple d'Oscar Peterson. Que nous devrions dire "oui" à l'humanité et dire "non", haut et fort, à l'exclusion sociale et à l'inertie. Nous devons à tout prix transcender nos différences et faire en sorte que prévalent enfin les valeurs que nous avons en partage et les objectifs que nous avons en commun.

A ce titre, c'est un grand bonheur pour moi de constater que la nouvelle génération d'artistes voit dans Oscar Peterson un modèle à suivre.

Lors des forums sur les arts urbains que j'ai tenus d'un bout à l'autre du Canada ainsi qu'au Brésil et en Afrique du Sud, j'ai été émerveillée de voir autant de jeunes artistes qui avaient soif de changement social.

Que ce soit avec le hip-hop, la poésie, la danse, le film ou la peinture, tous ces jeunes tiennent le même discours. Ils disent : "La solidarité est synonyme de responsabilité; nous avons des solutions aux enjeux actuels."

Qu'on ne s'étonne pas qu'Oscar Peterson ait tant aimé les jeunes. Ce qu'il estimait en eux, c'est, comme il le disait si bien, "la candeur dans l'intention et leur ferveur". Bon nombre de jeunes ont bénéficié de ses enseignements et de son encadrement.

J'admire ce qu'il a fait. J'ai la ferme conviction que le mentorat est un moyen essentiel de bâtir des ponts entre les générations, dans un esprit de réciprocité.

J'admire son dévouement, parce que je crois que donner aux jeunes les moyens de se prendre en main, c'est notre affaire et notre responsabilité à toutes et à tous!

Nous avons beaucoup à apprendre d'Oscar Peterson, de la passion qu'il mettait dans sa musique et son interprétation, de son engagement profond à l'égard de la liberté et de la justice sociale.

Je ne pouvais trouver meilleure façon de conclure que de citer les paroles prophétiques de Harriette Hamilton, qui accompagnent Hymn to Freedom (l'hymne à la liberté) d'Oscar Peterson, une pièce émouvante qui incarne l'esprit et la vision d'un des plus grands musiciens qu'ait connu le Canada :

"When every heart joins every heart and together yearns for liberty, that's when we'll be free.

When every hand joins every hand and together molds our destiny, that's when we'll be free."

Au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, merci Oscar Peterson.

Renseignements