Gouverneur général du Canada

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16 avr. 2010 09h37 HE

La gouverneure générale du Canada insiste sur l'importance des médias dans les sociétés démocratiques

OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 16 avril 2010) - Lors de sa deuxième journée en sol sénégalais, Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, a vivement défendu le rôle des médias dans l'émergence d'une nouvelle Afrique lors d'une allocution prononcée à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

«Le journalisme sert à cultiver la clairvoyance, à nourrir la vigilance et à dénoncer les pratiques qui cherchent à empêcher qui que ce soit de donner son plein potentiel, ou à abuser de la confiance de nos concitoyennes et concitoyens, » a déclaré la gouverneure générale qui a elle-même été journaliste. « Il me semble fondamental de rappeler le courage, voire la témérité qu'il faut aux journalistes et aux organismes de presse pour accomplir leur travail dans des régions où sévissent la misère, les conflits, l'horreur.»

Dans le cadre de sa visite d'État au Sénégal, la gouverneure générale s'est également rendue à l'île de Gorée, lieu de mémoire de la traite négrière et site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle a profité de son passage à Gorée pour discuter avec des Sénégalaises engagées dans leur milieu.

La gouverneure générale effectue une visite d'État en République du Sénégal, du 14 au 17 avril. Elle est accompagnée d'une délégation de Canadiennes et de Canadiens œuvrant dans une variété de domaines, dont la gouvernance, le droit des femmes, le journalisme, le milieu culturel, l'engagement civique et la jeunesse.

Cette visite au Sénégal se terminera samedi par une rencontre avec des femmes et des hommes qui ont réussi à développer leur petite entreprise grâce au microcrédit, contribuant à la prospérité du Sénégal. Un Point des arts sur le rôle des arts comme outil d'intervention et de changement social se déroulera le même jour en compagnie de délégués canadiens, d'experts et d'artistes du pays.

Les membres du public sont invités à suivre le déroulement de la visite d'État au Sénégal. Des photos seront affichées sur www.gg.ca et les discours que prononcera la gouverneure générale seront aussi disponibles sur ce site Web. Les blogues de Son Excellence et des délégués qui l'accompagnent seront mis en ligne sur www.ecoutedescitoyens.gg.ca

Allocution de la gouverneure générale à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar :

SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS

La gouverneure générale du Canada que je suis, et la journaliste que j'ai été, est ravie de participer à cette discussion sur le rôle et la portée des médias dans un monde qui doit à la fois être compris dans toute sa complexité, et protégé contre l'étroitesse et les abus de la pensée unique.

Je suis d'autant plus heureuse que cette discussion se tienne dans un lieu voué au savoir et à sa propagation à toute une jeunesse africaine, depuis l'inauguration, il y a plus d'un demi-siècle, de l'Université Chiekh Anta Diop, d'abord connu sous le nom d'Université de Dakar.

Je demeure convaincue comme tant d'autres que l'éducation est le plus puissant des moyens d'affranchissement et de progrès.

Cette conviction me vient du pays le plus pauvre des Amériques, Haïti où je suis née et ai appris, dès mon enfance, grâce à mes parents qui étaient professeurs, que l'éducation était le chemin le plus sûr pour se sortir de la misère, pour aspirer à une vie meilleure et pour contribuer à l'essor de sa communauté.

Je m'y suis rendue le mois dernier, et j'ai été émue d'entendre des enfants, debout parmi les décombres de Port-au-Prince, me confier à quel point leurs classes leur manquaient et combien ils avaient hâte d'y retourner. Cette soif d'apprendre est la manifestation la plus percutante de l'espoir, et nous permet d'envisager un avenir plus prospère pour Haïti.

De la même façon, dans le grand Nord canadien, de jeunes Inuits rêvent d'acquérir chez eux toutes les connaissances qui leur permettront d'assumer leur propre développement dans les années à venir, sans pour autant devoir quitter leurs terres ancestrales. Ils me l'ont dit avec beaucoup de ferveur.

Nul doute, comme l'affirmait Léopold Sédar Senghor, que « la scolarisation, la formation culturelle et professionnelle, sont des formes de l'investissement humain » qui, ajoutait-il, est « l'investissement le plus productif ».

C'est justement à Senghor que l'on doit la première école de journalisme en Afrique francophone, le Centre d'études des sciences et techniques de l'information, le Cesti, créé en 1965 avec le soutien de l'Unesco et que l'aide canadienne appuiera.

Senghor estimait que la formation des journalistes était cruciale, car il voyait en eux et en elles des gardiens de la démocratie et des vigies de la liberté civique.

L'Organisation internationale de la Francophonie, dont Senghor a aussi été l'un des fondateurs, a mis l'accent sur la nécessité de faire progresser la culture démocratique et le développement de l'État de droit.

Mais, faut-il le rappeler, les droits de la personne ne sont respectés que dans la mesure où ils sont connus. Ce n'est pas la moindre des tâches des journalistes.

Éducation et information vont de pair dans cette quête incessante de liberté et de mieux-être.

Car, acquérir des connaissances sur ce qui nous entoure et au large de nous, maîtriser des techniques pour améliorer notre quotidien, réinventer le passé en fonction du présent, tout cela n'a de sens que si l'on donne à chacune et à chacun la liberté d'accéder à l'aventure humaine et d'y contribuer à part entière et sans entraves.

Le journalisme sert à cultiver la clairvoyance, à nourrir la vigilance et à dénoncer les pratiques qui cherchent à empêcher qui que ce soit de donner son plein potentiel, ou à abuser de la confiance de nos concitoyennes et concitoyens.

C'est dans cet esprit, vous l'aurez compris, que le journalisme prend tout son sens à mes yeux et suppose une éthique rigoureuse de la responsabilité citoyenne.

C'est une profession que j'ai pratiquée avec conviction car elle relève selon moi du devoir de mémoire, du besoin de comprendre, du combat contre l'indifférence, contre le sentiment d'impuissance, contre l'ignorance.

J'aimerais partager avec vous la première leçon de journalisme que j'ai reçue, au contact de journalistes haïtiens, à l'occasion d'un documentaire que l'Office national du film du Canada préparait sur les premières élections libres en Haïti, et auquel je participais comme recherchiste.

L'un de nos objectifs consistait à suivre le travail des journalistes de Radio Haïti Inter, qui disposaient de peu de moyens par rapport à nous, et dont la façade de leurs bureaux à Port-au-Prince était criblée de balles.

De balles qui, à elles seules, racontaient les nombreux assauts contre celles et ceux qui y travaillaient.

J'y ai vu à l'œuvre le fondateur de Radio Haïti Inter, Jean-Dominique, assassiné par les fossoyeurs de la parole, et dont le meurtre est resté à ce jour impuni.

J'y ai vu à l'œuvre des journalistes dont la force de conviction forçait l'admiration.

Je les ai vus parcourir des kilomètres à pied pour rejoindre des populations isolées. Ils n'avaient souvent rien dans l'estomac, mais du cœur au ventre.

Puis une ferveur que je n'oublierai jamais, et qui me servira de guide, dans la manière de couvrir les événements, de les rapporter dans une langue, en français comme en créole, riche et colorée qui rompait avec des décennies de matraquage.

C'est auprès d'elles et d'eux que j'ai compris la force de tenir un micro, de passer la parole et de la faire entendre, dans un climat où régnait la terreur.

Et, au micro tendu, j'ai vu des femmes et des hommes défier la peur et témoigner, au risque de leur vie. Témoigner comme on s'insurge, à visage découvert et à haute voix.

En Haïti, mon pays natal, la prise de parole est vécue comme un exutoire parce qu'elle a été, dans la traversée douloureuse et humiliante de l'esclavage, et des dictatures successives, un espace de conquête.

Les leçons que j'ai tirées de cette expérience ne m'ont jamais quittée en dix-huit ans de métier.

Il me semble fondamental de rappeler le courage, voire la témérité qu'il faut aux journalistes et aux organismes de presse pour accomplir leur travail dans des régions où sévissent la misère, les conflits, l'horreur.

Dans des régions où la liberté d'expression se conquiert à la dure, si j'ose dire, et fait partie intégrante du processus, souvent difficile, sinon périlleux, de la démocratisation.

Nous vivons dans un monde que la rapidité des communications permet à chaque instant de capter sur le vif. Des informations de toutes sortes sont transmises continuellement à l'échelle du globe et nous en renvoient des images fugaces et immédiates.

À nous d'en faire des instruments au service de la démocratie et où nos particularismes ne s'y perdent pas.

À nous d'en faire les lieux d'expression d'une diversité de points de vue et d'idées.

« L'idée est un aliment, précisait Senghor, il faut la mâcher soi-même pour l'assimiler. »

Plus l'information circule librement, plus les citoyennes et les citoyens y ont accès, et plus ils ont l'occasion de participer à la vie démocratique des sociétés, c'est-à-dire de revendiquer des droits pour le plus grand nombre.

C'est, du moins, le vœu que je formule avant que ne débutent les discussions sur les enjeux auxquels le journalisme se trouve confronté chez vous, et sur le rôle des médias dans l'avènement d'une nouvelle Afrique dont les progrès courageux et remarquables sont un déni de l'afro-pessimisme auquel certains cherchent encore à confiner votre continent et celui de mes ancêtres.

Maintenant, à vous la parole!

Les médias qui souhaitent obtenir des photos ou des images vidéo de cette visite d'État doivent communiquer avec Julie Rocheleau.

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