Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa

Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa

09 mai 2014 09h01 HE

Des chercheurs remettent en question les assises scientifiques de la recommandation de manger du poisson

OTTAWA, ONTARIO--(Marketwired - 9 mai 2014) - Présentement, la consommation de poissons gras est recommandée pour favoriser la santé cardiaque. Cette recommandation est fondée en partie sur une étude qui a fait date, réalisée par Bang et Dyerberg dans les années 1970, et qui associait la faible incidence de la maladie coronarienne (MC) chez les Inuits du Groenland (que les chercheurs appelaient « Esquimaux ») à une alimentation riche en graisse de baleine et de phoque. Or, une étude publiée dans le Canadian Journal of Cardiology par des chercheurs de l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa (ICUO) vient remettre ces conclusions en question en révélant que le taux de MC des Inuits était similaire à celui de leurs homologues caucasiens.

C'est à la lumière de 40 ans de nouvelles données et de recherches que l'équipe de chercheurs a entrepris de réexaminer l'étude de Bang et Dyerberg sur les Inuits du Groenland et les MC, qu'on cite encore souvent pour justifier la prise de suppléments d'huile de poisson (comme les acides gras oméga-3) et la consommation de poissons gras comme mesures de prévention des problèmes cardiovasculaires. L'équipe a conclu que Bang et Dyerberg n'avaient pas évalué la santé cardiovasculaire de la population inuite, et donc que les effets cardioprotecteurs du régime en question n'avaient pas été prouvés.

« On invoque souvent les études fondatrices menées par Bang et Dyerberg dans les années 1970 comme "preuves" de la faible prévalence de la MC chez les Inuits du Groenland, sans tenir compte du fait que les deux chercheurs danois n'ont pas étudié cette prévalence », explique George Fodor, M.D., Ph.D., FRCPC, FAHA, chercheur principal de l'étude et chef de la recherche au Centre de prévention et de réadaptation de l'ICUO. « Ils se sont plutôt concentrés sur les habitudes alimentaires des Inuits et ont simplement supposé qu'une consommation élevée de graisse d'animaux marins avait un effet protecteur sur les artères coronaires. »

Pour évaluer la mortalité attribuable à la MC dans la région, Bang et Dyerberg se sont principalement fiés aux rapports annuels produits par le médecin hygiéniste en chef du Groenland. Selon l'étude de 2014, il y a plusieurs raisons de douter de l'exactitude de ces données. En particulier, vu le caractère rural du Groenland à l'époque et les difficultés d'accès, il était difficile de tenir des dossiers à jour ou de voir un médecin pour déclarer un problème cardiovasculaire ou une crise cardiaque. En fait, l'équipe s'est rendu compte que plusieurs rapports mettaient en doute la validité des certificats de décès du Groenland; à l'époque, plus de 30 % de la population vivait en région éloignée où il n'y avait pas de médecin hygiéniste, ce qui signifie que 20 % des certificats de décès ont été produits sans qu'un médecin ait examiné le cadavre.

Les données recueillies dans la nouvelle étude indiquent que la prévalence de la MC est similaire chez les Inuits et les non-Inuits. On sait même que les taux de mortalité attribuable à un accident vasculaire cérébral (AVC) sont très élevés chez les Inuits, dont l'espérance de vie, dans l'ensemble, est d'environ dix ans moins élevée que celle de la population danoise « typique ». De plus, leur taux de mortalité globale est deux fois plus élevé que celui des populations non inuites.

« Étant donné l'état de santé désolant des Inuits, il est assez surprenant qu'au lieu de qualifier leur régime de dangereux pour la santé, on ait supposé que la consommation de graisse d'animaux marins pouvait prévenir la MC et réduire le risque d'athérosclérose », note le Dr Fodor.

De nombreuses études récentes, à grande échelle et bien conçues portant sur les effets cardioprotecteurs des suppléments d'huile de poisson et d'acides gras oméga-3 ont donné des résultats négatifs ou ambigus. Et pourtant, en partie à cause de l'étude de Bang et Dyerberg, il est encore très souvent recommandé de prendre ce genre de suppléments dans un objectif de santé cardiaque.

« Les publications qui invoquent encore les études de Bang et Dyerberg sur la nutrition comme preuves de la faible prévalence de la MC chez les Inuits trahissent soit une mauvaise interprétation des conclusions originales ou un biais de confirmation, conclut le Dr Fodor. À ce jour, on compte plus de 5 000 publications sur les bienfaits supposés des acides gras oméga-3, sans oublier une industrie de plusieurs milliards de dollars bâtie autour de la production et de la vente d'huile de poisson. Tout ça basé sur une hypothèse qui était discutable dès le départ. »

À propos de l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa

L'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa (ICUO) est le centre de santé cardiovasculaire le plus important et le plus innovateur au Canada, qui se consacre à la recherche, au traitement et à la prévention des maladies du cœur. Nous offrons des soins de pointe personnalisés, façonnons la pratique de la médecine cardiovasculaire et révolutionnons notre compréhension des maladies du cœur ainsi que leur traitement. Nous acquérons de nouvelles connaissances et utilisons ces découvertes pour améliorer les soins. Au service de la collectivité locale, nationale et internationale, nous sommes les pionniers d'une nouvelle ère dans le domaine de la santé cardiaque.

Renseignements

  • Vincent Lamontagne
    Gestionnaire principal, Affaires publiques
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    vlamontagne@ottawaheart.ca