Institut Fraser

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23 sept. 2013 06h25 HE

Institut Fraser : L'encombrement de l'infrastructure pipelinière coûte des milliards de dollars à l'économie canadienne

CALGARY, ALBERTA--(Marketwired - 23 sept. 2013) - L'économie canadienne perd des dizaines de millions de dollars chaque jour en raison de la capacité insuffisante de ses pipelines, qui limite les débouchés vers des marchés plus lucratifs pour le pétrole brut lourd classique et le bitume des sables pétrolifères de l'Ouest du pays. Voilà la conclusion d'une nouvelle étude publiée aujourd'hui par l'Institut Fraser, un organisme canadien de recherche en politiques publiques indépendant et non partisan.

La majorité des stocks de brut en provenance de l'Ouest est écoulée à rabais dans le Centre des États-Unis, où les oléoducs sont en général exploités à fort ou à plein régime. Toutefois, des stocks de brut lourd semblable sont échangés à meilleurs prix dans les raffineries du golfe du Mexique et du Nord-Est des États-Unis, comme le révèle le rapport The Canadian Oil Transport Conundrum.

Le problème resterait entier même avec la mise en œuvre du projet de pipeline Keystone XL. En effet, la production de pétrole en provenance des schistes du Dakota du Nord et d'autres États américain connaît un bond actuellement; or, ces stocks feraient toujours concurrence au pétrole canadien pour l'accès aux infrastructures.

« La perception selon laquelle l'Alberta serait la seule à bénéficier des sables bitumineux est fausse. En fait, la prospérité d'une large tranche de la population canadienne est liée à la croissance du secteur pétrolier », de dire Kenneth P. Green, directeur principal des études sur les ressources naturelles à l'Institut Fraser et coauteur de l'étude.

« Pour que le Canada puisse vendre son pétrole là où les prix sont plus avantageux, il faut mettre en place la capacité nécessaire pour permettre au brut de l'Ouest d'atteindre les eaux côtières de l'Ouest et de l'Est du pays. »

De 2011 à mai 2013, le brut de choix de l'Ouest canadien (Western Canadian Select ou WCS) se vendait dans le Centre des États-Unis 36 $ US moins cher en moyenne que le brut non corrosif léger extrait de la mer du Nord, une variété de référence sur le marché mondial. En revanche, le brut maya du Mexique, semblable au brut lourd classique de l'Ouest canadien, s'échangeait dans la région du golfe du Mexique à un prix « légèrement inférieur » au cours mondial.

La différence de prix avec le brut léger de la mer du Nord, telle que mesurée selon la référence Brent, n'était que de 14 $ US le baril durant la période comprise entre 2008 et 2010. Mais depuis lors, le prix du WCS n'a pas augmenté à la même cadence que le Brent.

L'étude parle ainsi d'une « perte de revenus énorme, continue et croissante ». Par exemple, au quatrième trimestre de 2012, le Canada exportait du brut lourd classique et des mélanges bitumineux à raison de 1,27 million de barils par jour (production combinée). À ce rythme, si l'on tient compte d'un écart moyen du prix du baril de 37 $ US sous le niveau du Brent, le Canada perdait en moyenne 47 millions de dollars par jour, ce qui représente 17 milliards par année.

« Le pétrole canadien ne rapporte pas autant qu'il le pourrait sur le marché mondial parce qu'il est cloisonné dans les États du Midwest, où il contribue à la surabondance. Pourtant, s'il pouvait être acheminé aux raffineries situées aux abords ou au large du golfe du Mexique, ou vers d'autres destinations, on pourrait en tirer un meilleur prix », précise M. Green.

Celui-ci explique que cet écart constitue un problème pour tous les Canadiens. Un cours plus faible se traduit par des pertes économiques et financières pour les sociétés pétrolières et leurs actionnaires. Les provinces et territoires sont également privés de redevances et d'autres sommes qui pourraient être investies dans les soins de santé et l'éducation. Enfin, les fonds de retraite - comme le Régime de pension du Canada - qui ont investi dans ce secteur disposent de moins d'actifs.

M. Green ajoute qu'il est urgent de résoudre ce problème.

« On ne peut présumer que les débouchés seront là pour toujours. En fait, nous ne disposons que d'une période limitée pour en tirer profit. Penser que rien ne presse et que nous avons tout le temps devant nous n'est pas très avisé. »

L'auteur de l'étude, Gerry Angevine, Ph.D., Senior Fellow au Centre des études sur les ressources naturelles de l'Institut Fraser, prévient que la situation deviendra encore plus problématique à mesure que l'on continuera à investir dans les sables bitumineux. En effet, l'Office national de l'énergie prédit que la production canadienne de pétrole aura presque doublé d'ici 2030, une augmentation principalement attribuable à l'Alberta.

L'étude recommande une « approche politique proactive », incluant l'adoption de règlements favorisant une infrastructure rationalisée dans la construction de pipelines, ainsi que la mise en place de mesures par le gouvernement fédéral pour obtenir l'aval des Autochtones dans l'accroissement de la capacité de transport par oléoducs.

Le document The Canadian Oil Transport Conundrum est le premier d'une série de rapports qui seront publiés par l'Institut Fraser et qui se pencheront sur les questions touchant le transport du pétrole au Canada, de même que les obstacles qui s'opposent à sa commercialisation.

L'Institut Fraser est un organisme canadien indépendant de recherche en politiques publiques et d'éducation qui possède des bureaux à Vancouver, à Calgary, à Toronto et à Montréal, et qui entretient des liens avec un réseau mondial de 86 laboratoires d'idées. Sa mission consiste à mesurer, à analyser et à faire connaître les effets des marchés concurrentiels et de l'intervention gouvernementale sur le bien-être des citoyens. Afin de préserver son indépendance, l'Institut n'accepte ni subventions ni contrats de recherche des administrations publiques. Consultez son site à l'adresse : www.fraserinstitute.org

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