Hommage à Myra Cree

13 oct. 2005 17h13 HE

L'animatrice et journaliste Myra Cree n'est plus

OKA, QUEBEC--(CCNMatthews - 13 oct. 2005) - A Oka, tendrement entourée des siens, en ce matin du 13 octobre 2005, est décédée des suites d'un cancer l'animatrice Myra Cree.

Maîtresse des mots, porteuse de brillantes ironies elle était une exceptionnelle femme d'esprit. "Unique en son genre qui n'a pas de genre et railleuse, grave, détachée, attachante, souveraine et savante." dixit Yves Navarre.

L'inépuisable plaisir que lui procurait le son des verbes et des musiques porté par sa voix reconnaissable entre toutes et qu'elle faisait si gracieusement danser, ce plaisir elle l'a bien partagé.

L'humeur vagabonde, De toutes les couleurs, L'embarquement, L'embarquement pour si tard, Cree et chuchotements, furent autant d'émissions diffusées à la radio de Radio-Canada et à travers lesquelles elle atteignit le coeur de plusieurs dizaines de milliers d'auditeurs anonymes, fidèles complices de ses jours et de ses nuits.

Née à Oka le 28 janvier 1937, fille unique et petite-fille de chef Mohawk, Myra Cree se prit très tôt de passion pour la littérature et la culture françaises. D'abord enseignante, elle fit ses débuts en 1960 à CKRS, la radio de Jonquière. Elle fut ensuite animatrice à CHLT la télévision de Sherbrooke avant de fonder son propre clan.

En 1973 elle amorce sa carrière radio-canadienne en devenant la première femme lectrice des nouvelles. De 1977 à 1984 on la vit à la barre de nombreuses émissions de télévision, dont l'émission dominicale Second Regard.

En 1985 elle devint une des animatrices-phares de la radio de Radio-Canada et ce jusqu'à sa retraite en juin 2003.

Chevalière et vice-présidente de l'Ordre national du Québec, récipiendaire du Prix Judith Jasmin en 1981, du Grand Prix Paul-Gilson 2004 catégorie animation et tout récemment du Prix d'excellence de la Fondation nationale des réalisations autochtones, qui lui sera remis à titre posthume début 2006.

Depuis plusieurs années Myra Cree était présidente de Terres en vues, société pour la diffusion de la culture autochtone.

De nombreux textes signés de sa plume furent publiés en autant de recueils.

Myra aimait à dire que : " L'essentiel? C'est un tissu de plusieurs laines; ceux qu'on aime, les enfants; la connaissance de soi. Pour être près de son vent, de sa réalité. Je vis une chose et ça s'efface comme un dessin sur le sable que la vague de la mer emporte. Il reste une page blanche, l'aventure recommence."



"J'ai longtemps rôdé la nuit, pas sur les berges, sur les ondes FM de
la SRC
animant L'embarquement pour si tard,
qui ne fut jamais pour cythare
ni pour Cythère, l'île de l'amour
bien qu'à mes auditeurs je fis une discrète cour.

A l'heure où la plupart des gens ronflent comme pédales d'orgue
et que les abonnés de l'angoisse se claquemurent dans le noir
comme dans une morgue
faire fête au mot et à la note avec les auditeurs-amis
tel fut de l'équipe de L'embarquement le tardif pari
nous situant résolument du côté de Baudelaire
ce poète de l'humaine serre
ce guetteur d'ombre attentif à voir dans la nuit
s'allumer "les feux de la fantaisie".

Etre auprès d'eux tels des anges tutélaires
disons moins pompeusement d'humbles réverbères
quand "la nuit paraît longue à la douleur qui veille" (1)
et que s'élève du poste Chopin, ou encore de Montserrat
le "Livre vermeil";
quand le front courbé sur une table à dessin,
sur des travaux d'étudiants
se glisse la musique d'Arvo Pärth ou de...Sam Pilafian;
quand dans les moments de joie, de délire
survient Raymond Devos, saltimbanque du dire et du rire.

(1) Bernard Joseph-Saurin, Blanche et Guiscard

On nous capta en voiture, au travail, à l'hôpital, chez soi, parfois
dans le bain
on se livra même, on me l'a dit, à des jeux "au niveau" du popotin.
On nous écouta par les soirs givrés et poudreux, par les chaudes
veilles de l'été
quand leur servions du réchauffé-rediffusé, tant nous insupportait
l'idée de les abandonner.
Ce furent-là si belles années
adieu! elles s'en sont allées.
Me revoici solitaire mais le plaisir persiste
et je vis mes nuits comme on savoure une Cherry Blossom,
en égoïste.

Car je suis de la nuit
comme on est d'un pays
je m'y love, m'y enroule
m'y ancre et m'y soûle.
Qu'importe alors quand s'éveille de la nuit la rumeur étonnante
si ne traînent plus dans la mienne des oreilles nonchalantes.
J'aime le cour profond de la nuit, j'en aime l'ébauche
et crois, croirai toujours, avec Francis Blanche, qu'il vaut mieux s'y
enfoncer qu'un clou dans la fesse gauche."

L'Embarquement pour si tard, bouts rimés ...
Source : La Nuit, Editions XYZ


Renseignements

  • Source : Monique Giroux
    (514) 796-2287