Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie

Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie

13 juin 2012 07h00 HE

Le Canada n'est pas en bonne voie pour atteindre sa cible climatique de 2020

Selon la TRN, des progrès ont été accomplis, mais les réductions des émissions prévues ne permettront que d'atteindre la moitié de l'objectif.

OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 13 juin 2012) - Selon le dernier rapport de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie (TRN), le Canada ne serait pas en bonne voie pour atteindre sa cible de 2020 en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), laquelle consiste en une réduction de 17 % par rapport aux niveaux de 2005, et ce, malgré les progrès réalisés dans la réduction des émissions de GES. « Le Canada n'atteindra pas sa cible de réduction des émissions de GES en 2020 s'il ne prend pas en plus d'autres mesures d'envergure. Il faudra faire plus pour atteindre la cible, c'est inévitable », peut-on lire dans le rapport de la TRN.

Le rapport État de la situation : La lutte contre le changement climatique au Canada a été commandé par le ministre fédéral de l'Environnement l'an dernier en vue d'éclairer l'approche réglementaire adoptée par le gouvernement pour réduire les émissions. La TRN a fondé ses recherches sur une modélisation originale, laquelle prend appui principalement sur les données d'Environnement Canada ainsi que sur de vastes consultations auprès des provinces et des territoires, de même que d'universitaires et d'experts en matière de politique publique.

Le rapport sert à dresser l'état des lieux des progrès réalisés dans le dossier du changement climatique au Canada. Il met l'accent sur certaines des principales réalités de la politique climatique au Canada : une cible nationale doit s'appuyer sur une politique nationale concertée; une incertitude politique existe toujours et réprime les progrès; le pays ne s'est pas encore doté de politiques efficaces pour contrôler les grandes sources d'émissions; et tout cela signifie que les progrès ont été et seront difficiles à réaliser et inégaux au pays.

Évaluation de l'écart

Selon le rapport, le Canada réalise des progrès considérables par rapport à sa cible de 2020, mais les mesures stratégiques climatiques actuelles et proposées par tous les paliers de gouvernements ne suffiront pas pour l'atteindre. La TRN a constaté plus précisément que :

  • Si l'on combine toutes les politiques et les mesures climatiques qui sont proposées ou qui ont été prises par tous les paliers de gouvernement, on obtiendrait une réduction à hauteur de 104 Mt d'équivalents-CO2 en 2020, ce qui représente près de 50 % des réductions des émissions requises pour atteindre la cible du Canada de 607 Mt d'équivalents-CO2 en 2020. Il resterait donc un écart de 117 Mt d'équivalents-CO2 à combler sur le plan des émissions.
  • Ce sont les politiques provinciales qui ont généré la plus grande part des réductions des émissions à ce jour; elles compteront pour 75 % de l'ensemble des réductions des émissions d'ici 2020. Cependant, la part du fédéral devrait augmenter au tiers d'ici 2030.
  • Les provinces réalisent des progrès à l'égard de leurs propres cibles, mais presque toutes devront mettre en œuvre des mesures supplémentaires pour les atteindre. Seules la Nouvelle-Écosse et, probablement, la Saskatchewan pourraient atteindre leur cible.

Élimination de l'écart

Selon le président et premier dirigeant de la TRN, David McLaughlin, il reste peu de temps pour prendre des mesures en vue d'obtenir les réductions d'émissions nécessaires et plus le temps avancera, plus il sera difficile et coûteux pour le Canada d'atteindre ses objectifs. « Notre analyse ne pourrait pas être plus claire : le Canada ne pourra pas être sélectif quant à la façon de procéder d'ici 2020, indique-t-il. Il est donc essentiel d'adopter une approche stratégique en matière de changement climatique qui soit plus concertée et intégrée à l'échelle canadienne que celle qui a été proposée jusqu'à maintenant. »

Dans son rapport, la TRN indique que bien que la cible ne soit pas entièrement hors de portée, le coût des politiques supplémentaires nécessaires pour combler l'écart sera en moyenne plus élevé que celui des politiques mises en place à ce jour. Selon le rapport, la moitié des réductions des émissions générées à ce jour par les mesures existantes et proposées a été obtenue à faible coût, soit à moins de 50 dollars la tonne. Or, si on opte pour la façon la plus efficiente d'atteindre la cible de 2020 du Canada, on devra appliquer un plus grand nombre de mesures de réduction des émissions assorties d'un coût moyen à élevé pouvant aller jusqu'à 150 dollars la tonne.

Pour que le Canada atteigne d'une façon efficiente sa cible, la TRN estime que la majorité des réductions des émissions devra provenir en premier du secteur du pétrole et du gaz, puis du secteur manufacturier, de celui de la production d'électricité et de celui du transport. Par ailleurs, les émissions provenant de l'Alberta devront représenter plus de la moitié de l'ensemble des réductions futures si l'on souhaite atteindre la cible de 2020; arrivent au deuxième et troisième rang l'Ontario et la Colombie-Britannique respectivement.

Conseils et recommandations

Dans le rapport État de la situation, on recommande que les progrès relatifs à la future politique climatique du Canada répondent à trois critères, que l'on appelle les « 3C » : des travaux concertés, cohérents et calculés. Concertés entre tous les gouvernements par des réunions régulières pour discuter spécifiquement de la politique climatique; cohérents grâce à des interventions collectives coordonnées qui renforcent mutuellement les politiques de chacune des parties et à la détermination du responsable le mieux placé pour intervenir sur une question particulière; et calculés grâce à la production de rapports d'étape et d'évaluations périodiques permettant de savoir dans quelle mesure le Canada atteint ses cibles et de faire des prévisions pour déterminer les prochaines étapes.

La TRN a formulé neuf recommandations pour ce faire. Elle recommande notamment de compléter l'approche réglementaire sectorielle fédérale en fixant un prix de base pour les émissions de carbone; en annonçant un plan détaillé sur les secteurs à réglementer et les cas d'application de la réglementation; en concluant des accords d'équivalence avec les provinces pour assurer une certaine latitude; et en établissant des prévisions périodiques et indépendantes pour les progrès en matière de réduction des GES.

À titre de vice-président de la TRN, Bob Slater invite tous les gouvernements et les décideurs à lire et à prendre en considération les conseils de la TRN avant de passer à l'action. « Le Canada ne parviendra pas à réaliser les progrès dont il a besoin sans procéder à une évaluation franche plus qu'il n'atteindra ses objectifs climatiques sans avoir envisagé un moyen de mieux unifier les gouvernements et sans avoir adopté une approche concertée dans le cadre de laquelle toutes les parties comprennent qu'elles doivent mettre la main à la pâte, » indique M. Slater.

Renseignements

  • Marie-Josée Lapointe
    Directrice, Communications et affaires publiques
    Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie
    613-943-2054 / 613-617-4436
    mariejosee.lapointe@nrtee-trnee.gc.ca