Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP)

Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP)

08 sept. 2011 16h19 HE

Le mouvement ouvrier canadien partenaire du NPD, hier et aujourd'hui

OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 8 sept. 2011) - La course à la chefferie qui s'annonce au Nouveau Parti démocratique du Canada ne doit pas s'égarer dans les faux débats, avertir Paul Moist, néodémocrate de longue date et président national du plus gros syndicat canadien.

M. Moist, qui représente plus de 610 000 membres du Syndicat canadien de la fonction publique, a publié aujourd'hui une mise au point pour répondre aux récents commentaires sur le rôle passé et futur des syndicats au NPD, un parti fondé par le mouvement ouvrier canadien, et dans le choix de son prochain chef.

« C'est un faux débat, dit M. Moist dans sa déclaration. Le vote des syndicats n'a pas plus de poids que les autres dans une course à la chefferie du NPD. Au congrès de Québec, en 2006, nous avons amendé la charte du parti pour nous assurer que le rôle des syndicats se limite à leurs structures et à leurs membres, ainsi que pour assurer le principe un membre, un vote dans le processus d'élection d'un chef. Ces faits ont été oubliés au cours de la dernière semaine. »

M. Moist demande que la course à la chefferie se concentre sur l'alimentation d'un débat ouvert et transparent, sur les idées et une vision d'avenir du parti, et non pas sur des questions vides de sens.

« Le syndicalisme au sein du NPD revêt une réalité profonde et pleine de sens, écrit M. Moist. [Cette réalité] parle d'une vision partagée dans des enjeux fondamentaux, comme l'universalité des soins de santé, l'enseignement public et l'engagement envers la paix et la justice sociale, à l'échelle locale, nationale et internationale. »

Le texte intégral de la mise au point de M. Moist se trouve sur le site du SCFP, au scfp.ca.

Mise au point de Paul Moist, président national du SCFP, sur la course à la chefferie du NPD

La vague de sympathie et de tristesse qui a déferlé après la mort du chef du NPD, Jack Layton, est à peine retombée que les chroniqueurs politiques, commentateurs et candidats pressentis à la chefferie du NPD prennent les ondes d'assaut, alors que le parti entame le processus de sélection d'un nouveau chef.

Les opinions sur l'identité des candidats et du vainqueur s'expriment par rapport aux liens historiques entre le NPD et le mouvement syndical. Ce débat, suscité par des sources pour le moins douteuses, frôle l'absurde et représente le cas le plus éloquent de faux-fuyant lancé dans l'arène publique qu'on ait vu depuis longtemps.

Deux principaux candidats, deux hommes honorables, chacun ayant ses propres intérêts à se présenter dans la course, se sont crêpé le chignon à propos de la pondération du vote des syndicats dans les courses à la chefferie du parti. L'un affirme que les syndicats n'ont pas plus de poids que les groupes écologistes, alors que l'autre, dans une manœuvre visant à courtiser les syndiqués, soutient qu'il faut maintenir le système de vote pondéré.

Certains commentateurs ont transposé le débat : ils ne s'interrogent plus sur la question du vote pondéré, mais plutôt carrément sur la pertinence pour un NPD moderne de maintenir ses relations avec le mouvement syndical, étant donné son succès à l'élection du 2 mai. Ils disent que le parti doit se « moderniser » pour représenter, aux yeux des Canadiens, un choix de gouvernement crédible. C'est, je crois, la raison pour laquelle on a soulevé cette question dès le départ, puisque certains des intervenants dans ce débat ne font que jouer la carte de la peur des syndicats, un « leitmotiv » qui revient ces jours-ci dans plusieurs milieux et à propos de plusieurs sujets.

Néanmoins, pour être franc, pontifes politiques, éditorialistes, commentateurs et futurs candidats ont tous tort. C'est un faux débat. Le vote des syndicats n'a pas plus de poids que les autres dans une course à la chefferie du NPD, et le conseil fédéral du parti n'en débattra pas lorsqu'il se réunira demain.

Oui, il existait un système de vote pondéré en 2003, fondé sur le rôle traditionnel des syndicats dans les congrès. Au congrès de Québec, en 2006, nous avons amendé la charte du parti pour nous assurer que le rôle des syndicats se limite à leurs structures et à leurs membres, ainsi que pour assurer le principe un membre, un vote dans le processus d'élection d'un chef. Ces faits ont été oubliés au cours de la dernière semaine. Ce faux débat devrait être clos, mais il perdurera probablement, pour les raisons évoquées précédemment.

Le mouvement syndical canadien n'est pas un groupe constitutif au sein du NPD. Nous étions et demeurons un partenaire fondateur qui a forgé le NPD à partir de son prédécesseur, la Fédération du commonwealth coopératif (CCF). Ainsi, le syndicalisme au sein du NPD revêt une réalité profonde et pleine de sens. La relation entre le parti et les syndicats n'est pas qu'affaire du passé, elle est tournée vers l'avenir. Elle parle d'une vision partagée dans des enjeux fondamentaux, comme l'universalité des soins de santé, l'enseignement public et l'engagement envers la paix et la justice sociale, à l'échelle locale, nationale et internationale.

L'autre valeur incroyablement importante que nous partageons, c'est l'appui du NPD au droit des travailleurs à s'organiser librement en syndicats. Le NPD voit dans ce choix la meilleure manière d'instaurer une certaine démocratie au travail, sans oublier la sécurité économique qui accompagne la syndicalisation.

Les modifications aux lois fédérales et provinciales quant au financement des partis politiques et aux dépenses électorales ont écarté autant les dons des sociétés que ceux des syndicats. Je suis tout à fait en accord avec cette transformation des politiques publiques. D'ailleurs, les modifications que nous avons apportées à la charte du parti en 2006 étaient motivées en partie par ce changement de paradigme, mais surtout par la volonté de renforcer le parti et de gagner l'appui individuel des syndiqués. Nous sommes tous gagnants lorsqu'on conjugue plafonnement des dons et financement public équitable et ce, pour tous les partis politiques qui atteignent un certain seuil d'appui aux élections. Comme d'innombrables autres syndicalistes, j'ai appuyé cela en 2006 et je l'appuie encore aujourd'hui.

Compte tenu des valeurs fondamentales du NPD et de la composition de sa base, la fusion avec les libéraux fédéraux est-elle sensée? Cette question, on l'a aussi imposé de force dès les premiers jours de la course 2012 à la chefferie. Au lendemain de notre accession au statut d'opposition officielle, certaines personnes se demandent s'il est temps de refaçonner l'échiquier politique fédéral, avec un seul parti à droite et un seul parti progressiste à gauche. L'échange libre d'idées et les divergences d'opinions représentent l'une des grandes forces du NPD, le parti auquel j'adhère depuis que j'ai l'âge de le faire. Néanmoins, sur cette question, je crois que la recherche d'une telle fusion constituerait une erreur mortelle. Aucun de ces partis n'est issu de l'autre; ce sont deux entités distinctes, aux valeurs très différentes. Au contraire, le Parti conservateur du Canada est la réunification de la droite politique qui s'était scindée à la fin des années 80. Il s'agit d'un tout autre scénario qui n'a rien à voir avec l'histoire entre le NPD et le PLC.

Le NPD fédéral a du pain sur la planche. Il faut encourager la tenue d'un débat ouvert et transparent sur les idées et les visions d'avenir qu'avanceront les candidats à la chefferie. Il faut vendre des cartes de membre pour encourager la tenue d'une course animée et grossir les rangs de l'armée de bénévoles qui font du porte-à-porte pour faire élire les candidats du NPD qui représentent leurs valeurs. Et il faudra se rallier derrière le nouveau chef, qui qu'il soit.

Si nous, néo-démocrates, permettons à des candidats pressentis de se crêper le chignon à propos de faux-fuyants sur la place des syndicats dans le parti, nous nuirons à ce parti que nous aimons tant. Et si nous adoptons la voie expéditive vers le pouvoir en fusionnant avec les libéraux, les Canadiens ne nous pardonnerons pas ce geste calculateur et nous relèguerons aux oubliettes.

Jack Layton, mon ami et mon ancien chef, m'a souvent parlé de poursuivre le « projet », comme il l'appelait. Un membre à la fois, un électeur à la fois. Comme tant d'autres néo-démocrates, je suis prêt à porter ce projet le temps qu'il faudra. La voie sera ardue, c'est clair, mais si elle permet de respecter les principes qui nous ont déjà portés jusqu'ici, c'est la meilleure voie qui soit.

Paul Moist est membre du NPD depuis toujours et président national du plus gros syndicat canadien, le Syndicat canadien de la fonction publique, qui compte 610 000 membres.

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