MADD Canada

MADD Canada

16 déc. 2010 11h25 HE

MADD Canada: Québec recule dans la lutte à la conduite avec facultés affaiblies

Les chauffards ont gagné, la sécurité routière est la grande perdante alors que le Québec abandonne le projet de sanctions pour les conducteurs avec taux d'alcoolémie de 0,05% et plus

OAKVILLE, ONTARIO--(Marketwire - 16 déc. 2010) - La décision de la province de Québec de retirer les sanctions pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus du projet de Loi 71 est une grave erreur et un pas en arrière dans la lutte à la conduite avec facultés affaiblies au Québec, affirme MADD Canada.

Bien que l'organisation soit très satisfaite de l'approbation des mesures pour les jeunes conducteurs, à savoir l'imposition d'une limite de taux d'alcoolémie de 0,00% jusqu'à 21 ans, elle est toutefois extrêmement déçue qu'une partie importante du projet de Loi 71, soit le programme de suspension administrative de courte durée pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus, ait été abandonnée à la dernière minute. 

Les recherches et les études ont clairement démontré que les facultés nécessaires à une conduite automobile sécuritaire sont affaiblies à des taux d'alcoolémie très bas et que les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus sont beaucoup plus à risque d'être impliqués dans une collision que les conducteurs avec un taux d'alcoolémie plus bas.

"Cette question a été étudiée et analysée; les sanctions ont été recommandées par la Table québécoise de la sécurité routière. Elles ont été débattues en commission parlementaire plus tôt cette année et ont reçu l'appui de toutes les organisations spécialisées en sécurité des transports," ajoute le chef de direction de MADD Canada, Andrew Murie. « Et pourtant, le gouvernement du Québec a finalement rejeté cette proposition et est revenu sur ses intentions de mettre en place un programme de suspension administrative de courte durée pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus. Pourquoi ?"

Les opposants à ces sanctions, particulièrement les représentants de l'industrie de l'hospitalité, ont propagé et perpétué de nombreux mythes au sujet des programmes visant les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus. Ils laissent entendre que les sanctions proposées pénaliseraient le buveur social responsable, et prédisent que les sanctions causeront un tort irréparable aux bars et aux restaurants. Cependant, la réalité est tout autre : les données établies et fiables démontrent qu'un tel programme n'affecterait en rien ce que la majorité des Canadiens considèrent comme une consommation sociale responsable. Qui plus est, les études ont démontré que les programmes de suspension administrative de courte durée pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus n'ont qu'un impact à long terme minime sur l'industrie de l'hospitalité.

Cette priorisation d'hypothétiques pertes économiques dans un secteur d'activité sur la sécurité de tous les usagers de la route du Québec est surprenante et extrêmement décevante lorsque l'on prend en considération les coûts phénoménaux de la conduite avec facultés affaiblies, tant en vies humaines qu'en coûts sociaux et en services de santé, en perte de productivité, en ressources policières et autres coûts découlant de cette problématique.

"Les campagnes de peur au sujet des sanctions touchant les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus ont apparemment été un succès », ajoute M. Murie. « Ces sanctions réduiraient le nombre de collisions, les morts et les blessures attribuables à la conduite avec facultés affaiblies et pourtant le gouvernement a choisi de les retirer du projet de loi. La question se pose : quelles sont les priorités de ce gouvernement?"

Les critiques ont également mis en doute la nécessité d'imposer de telles sanctions pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus, suggérant que les collisions, les morts et les blessures attribuables à la conduite avec facultés affaiblies sont causées par des conducteurs avec des taux d'alcoolémie beaucoup plus élevés. Ces affirmations sont erronées et ne prennent pas en compte deux données importantes.

Premièrement, environ 20% des collisions sont causées par des conducteurs dont le taux d'alcoolémie se situe sous la limite légale de 0,08%, ce qui représente une portion significative des 200 morts et plus de 600 blessés attribuables à la conduite avec facultés affaiblies au Québec chaque année.

En second lieu, bien que la limite du taux d'alcoolémie inscrite au Code criminel canadien soit de 0,08%, il est très rare que des accusations soient portées contre un conducteur à moins que son taux d'alcoolémie soit au-dessus de 0,1%. Les avocats de la défense utilisent l'argument à l'effet que les appareils qui testent le taux d'alcoolémie ont une marge d'erreur et que par conséquent, les résultats de leurs clients peuvent être erronés, que leurs clients avaient un taux d'alcoolémie inférieur à la limite légale de 0,08% au moment de leur arrestation. Pour cette raison, les policiers et les procureurs hésitent à poursuivre ces contrevenants à moins que leur taux d'alcoolémie soit au-dessus de 0,1% et ne puisse être contesté.

Par conséquent, des conducteurs avec un taux d'alcoolémie se situant entre 0,05% et 0,1% circulent sur notre réseau routier tout en représentant un réel danger pour tous les usagers de la route et, à toute fin pratique, sans craindre d'être accusés ou retirés du réseau routier.

En réalité, un homme de 89 kg (195 livres) peut boire 6 consommations standards (13,46 grammes d'alcool par consommation) dans une période de 2 heures sans craindre d'être accusé s'il choisi ensuite de conduire son véhicule. Une femme de 66 kg (145 livres) peut boire 3 consommations standards durant la même période de temps sans conséquence probable si elle décide ensuite de conduire.

"Pensez-y un instant," dit M. Murie. "Après avoir consommé autant d'alcool dans un si court laps de temps, ces conducteurs ont les facultés sérieusement affaiblies et représentent un réel danger de collision attribuable à la conduite avec facultés affaiblies mettant en péril leur vie et celle des autres usagers de la route. Qui monterait dans une voiture conduite par quelqu'un qui vient de boire six consommations en 2 heures? Laisseriez-vous un membre de votre famille monter dans le véhicule de ce conducteur?"

Des sanctions provinciales pour les conducteurs avec un taux d'alcoolémie de 0,05% et plus donneraient aux policiers un outil efficace pour retirer du réseau routier les conducteurs avec des taux d'alcoolémie plus bas et les moyens d'agir auprès des conducteurs qui, bien qu'ayant un taux d'alcoolémie inférieur au 0,08% inscrit au Code criminel, constituent un danger sans toutefois pouvoir être accusés de conduite avec les facultés affaiblies selon les pratiques actuelles.

"Dans toutes les autres juridictions au Canada, ces conducteurs voient leur permis suspendu et reçoivent une amende ou d'autres sanctions. Pourtant, au Québec, ces conducteurs dangereux continuent de circuler sur le réseau routier en toute impunité sans crainte de faire face à des accusations ou à des conséquences légales », ajoute M. Murie. « Le message est clair : au Québec, vous pouvez conduire avec un taux d'alcoolémie considéré comme dangereux de façon unanime partout au Canada et dans les sociétés développées partout dans le monde. "

Au sujet de MADD Canada

MADD Canada (Mothers Against Drunk Driving – Les mères contre l'alcool au volant) est un organisme de bienfaisance national enregistré dont la mission est de mettre fin à la conduite avec facultés affaiblies et de venir en aide aux victimes de ce crime violent. Grâce à plus de 100 groupes de bénévoles partout au pays, MADD Canada se dévoue à offrir des services aux victimes, à sensibiliser le grand public quant aux dangers de la conduite avec facultés affaiblies et à prévenir les morts et les blessures sur nos routes.

Renseignements

  • MADD Canada
    Marie Claude Morin
    Bureau régional du Québec
    514-392-1550 or 1-877-392-6233