Pêches et Océans Canada

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09 juin 2008 12h00 HE

Pêches et Océans Canada/Les habitats littoraux : Des sanctuaires pour la morue juvénile

OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 9 juin 2008) - Une grosse morue femelle adulte peut produire jusqu'à 30 millions d'oufs au cours d'une seule saison de frai. Ce nombre est renversant, mais il suffit à peine pour que l'espèce déjoue le sort et réussisse à surmonter les obstacles tout aussi impressionnants qui empêchent le développement de ses oufs après quelques jours de vie. La vaste majorité d'entre eux ne sont que les aliments d'autres espèces (y compris les morues plus âgées). Au cours de leurs premières semaines, le taux de mortalité peut atteindre le pourcentage incroyable de 99 % par jour! La situation s'améliore pour ceux qui atteignent le stade de larve, au cours duquel seulement de cinq à dix pourcent sont engloutis quotidiennement. La maigre poignée qui survit et franchit le cap des 60 à 70 jours nécessaires pour devenir des morues juvéniles continue d'améliorer ses chances de survie. Et il est de plus en plus évident que ces chances de survie s'accroissent avec le type d'habitat où elles s'établissent au cours des 60 à 90 prochains jours de leur vie.

A l'époque où les eaux de Terre-Neuve-et-Labrador étaient grouillantes de morues, aucun besoin urgent n'incitait à connaître tous les facteurs qui garantissent que chaque génération de morue produise des nombres suffisants de remplaçants pour maintenir une pêche robuste. Les richesses semblaient illimitées. Aujourd'hui, le contexte est totalement différent. L'effondrement de la pêche au début des années 1990 a imposé une nouvelle réalité fondée sur l'austérité à l'industrie et aux personnes qui dépendent de cette ressource pour leur gagne-pain, et il est maintenant fondamental de comprendre chaque aspect du cycle de vie de la morue ainsi que les facteurs qui influencent ou inhibent la capacité de cette espèce de survivre et d'atteindre l'état adulte. Alors que les effets de la pêche sur la morue adulte sont très bien documentés, ceux de l'environnement sur la capacité de survie de la jeune morue ne le sont pas. Cet aspect représente un nouveau domaine de recherche - et il a fallu créer ces connaissances à partir de la base, parce qu'on ignorait à peu près tout à ce sujet.

Depuis le milieu des années 1990, Bob Gregory, chercheur au Centre des pêches de l'Atlantique nord-ouest, une composante du ministère des Pêches et des Océans du Canada à St. John's, Terre-Neuve-et-Labrador, travaille à accroître nos connaissances sur la morue juvénile. L'un des résultats les plus importants de ces travaux est que nous avons aujourd'hui une idée très claire du type d'habitat dont les morues juvéniles du stade post-larvaire ont besoin pour s'établir de façon à survivre et à prospérer, et cette découverte est étonnante à bien des égards. Les recherches menées par B. Gregory indiquent que les alevinières idéales du stock de morue ne se retrouvent pas dans tous les milieux, comme on le croyait auparavant, mais dans les eaux peu profondes, à quelques mètres à peine du rivage. Le chercheur a aussi déterminé que les chances de survie de la morue juvénile étaient de 17 000 fois plus élevées dans l'habitat idéal, les herbiers de zostères, par opposition à des habitats plus dénudés.

L'impact de cette découverte est important. La zostère croît là où les eaux douces pénètrent dans la mer, ce qui est l'endroit précis où les humains tendent à établir leurs collectivités. Les herbiers de zostères sont situés près du littoral dans les eaux de moins de dix mètres de profondeur. Ces sanctuaires précieux pour les morues juvéniles subissent donc des pressions qui découlent des activités et des infrastructures humaines. Une autre menace émergente pour les herbiers de zostères est celle posée par le crabe vert, une espèce envahissante qui se déplace vers le nord du Canada le long de la côte Est depuis les années 1950. Cette espèce commence à peine à être observée à Terre-Neuve-et-Labrador, et, en fait, a été signalée pour la première fois au cours de l'été 2007 à North Harbour dans la baie Placentia. Le crabe vert peut être responsable de la destruction de peuplements entiers de zostères en raison de son comportement fouisseur. Compte tenu de l'importance des herbiers de zostères pour la survie des morues juvéniles, les mesures de conservation et de protection de ces plantes seront essentielles à la lutte visant à accroître les populations de morue. En fait, le programme mené par le chercheur Gregory fournit aux gestionnaires de l'habitat les connaissances scientifiques requises pour protéger les alevinières essentielles aux morues juvéniles lorsqu'ils examinent les plans des nouveaux projets de développements le long du littoral. Grâce aux interactions entre l'équipe de recherche et les pêcheurs, le programme suscite aussi un besoin d'intendance au sein de la collectivité.

Dans le cadre de ses travaux, le chercheur Gregory analyse la répartition des oufs et des larves de morue. Il étudie ensuite les survivants, une fois qu'ils se sont établis dans les sanctuaires des eaux peu profondes. Il cartographie aussi les herbiers de zostères le long du littoral et cherche à comprendre la place de la morue juvénile dans la chaîne alimentaire. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il ne fait plus aucun doute que ces 60 à 90 jours de l'existence de la morue juvénile, même s'ils représentent une très courte durée menant à l'état adulte, jouent un rôle absolument essentiel dans la survie du stock. A cette étape post-larvaire, la tâche la plus importante d'une morue juvénile est d'éviter d'être dévorée, tout en empêchant la pression exercée par les prédateurs de devenir plus intense. Comme le chercheur Gregory l'explique "une morue juvénile peut manquer de nourriture durant une journée, mais elle doit réussir à éviter les prédateurs à tout moment - il n'existe pas de deuxième chance".

La majorité des activités de travail sur le terrain ont été réalisées avec des étudiants de l'Université Memorial dans le détroit Newman, adjacent au parc national Terra Nova. Au cours de l'exécution du programme de recherche, près de 30 étudiants ont travaillé avec B. Gregory et ont mis l'accent sur ce domaine, créant ainsi une masse critique de chercheurs. De plus, une entreprise d'écotourisme, Coastal Connections Ltd., intègre la recherche à son programme éducatif, ce qui permet non seulement de recueillir des données, mais, ce faisant, de sensibiliser le public à l'écosystème de la morue juvénile.

Dans cette histoire de chiffres où l'évaluation des stocks est le fondement de l'établissement des quotas pour la pêche, la recherche de B. Gregory représente un puissant outil de recherche. Son rapport annuel destiné aux gestionnaires de l'évaluation des stocks comprend les chiffres liés aux populations de l'actuelle génération de morues juvéniles, et ces valeurs se sont avérées une estimation très exacte de ce qui se profile à l'horizon en ce qui concerne les morues adultes pour les quelques années suivantes. Le chercheur Gregory résume la situation en disant que ces travaux ont contribué à élucider un des mystères entourant cette espèce. De façon encourageante, l'année 2007 a été la meilleure en ce qui concerne les morues juvéniles qui survivent ces jours critiques, et il sera très intéressant d'observer comment ces recherches auront des incidences sur les futurs stocks de morue.

Photo 1 est disponible à l'adresse suivante : http://media3.marketwire.com/docs/Photo1_Fisheries.JPG

Bas de vignette : Morue juvénile d'âge 0. (Photo de David Cote)

Photo 2 est disponible à l'adresse suivante : http://media3.marketwire.com/docs/Newman_Sound_eelgrass2.JPG

Bas de vignette : Au cours des premiers mois de son existence, le taux de survie de la morue juvénile est 17 000 fois plus élevé qu'au cours des stades précédents si la jeune morue s'établit dans les herbiers de zostères. (Photo de Corey Morris)

Photo 3 est disponible à l'adresse suivante : http://media3.marketwire.com/docs/Photo3_Fisheries.JPG

Bas de vignette : La collecte de données, qui permet d'établir des liens entre la préférence pour l'habitat et les chiffres concernant les populations de morues juvéniles, nécessite un grand nombre de mesures et de relevés. Les sennes de rivage, déployées à 13 sites d'échantillonnage au détroit Newman, font partie des outils de recherche utilisés. (Photo de David Cote)

Renseignements

  • Pêches et Océans Canada, Ottawa
    Phil Jenkins
    Relations avec les médias
    613-990-7537
    www.dfo-mpo.gc.ca