Gouverneur général du Canada

Gouverneur général du Canada

11 juil. 2007 15h31 HE

Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, Discours à l'occasion d'une visite d'Etat en République fédérative du Brésil, Brasilia, le mercredi 11 juillet 2007

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OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 11 juillet 2007) -

Je ne suis pas chez vous en terre inconnue.

En juin 1992, j'étais à Rio alors que se tenait la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement.

J'y étais à titre de journaliste à la télévision publique du Canada et je suivais avec passion l'engagement de celles et ceux qui militaient en faveur d'une protection de la biodiversité du monde.

Je trouvais non seulement opportune, mais tout à fait inspirée, la tenue d'une telle conférence dans un pays où, à elles seules, les forêts de l'Amazonie sont un hymne à la vitalité biologique et constituent le "poumon vert" de l'humanité.

Le Brésil devint à ce moment-là pour moi ce lieu d'une concertation internationale en faveur de la vie sous toutes ses espèces.

Ce cri de ralliement pour la vie qui s'éleva chez vous et que le monde entier entendit reste pour moi indissociable du Brésil.

Aussi, Monsieur le Président, je constate avec bonheur que l'espoir ressenti il y a 15 ans, à l'occasion de cette conférence, s'est propagé depuis dans tous les domaines de la société brésilienne.

En effet, je sens que le temps est enfin venu pour le Brésil de réaliser son plein potentiel, aussi riche et prometteur que cette nature prodigieuse autour de vous.

Je suis fière de mesurer tous les progrès réalisés par le peuple brésilien ces dernières années pour se tailler une place enviable dans le concert des nations.

Et si je suis devant vous aujourd'hui, c'est pour vous exprimer l'amitié du peuple canadien qui regarde avec admiration l'élan démocratique qui souffle sur le Brésil et qui a entraîné d'aussi remarquables réalisations.

Nous appuyons sans réserve votre volonté, Monsieur le Président, de combiner stabilité économique avec une politique d'inclusion sociale, et nous vous en félicitons.


Comme vous le dites si bien, "là où il y a la faim, il n'y a pas d'espoir". Et "la faim nourrit la violence et le fanatisme".

Votre initiative "Fome Zero", qui assure un revenu de base à plus de 11 millions de familles brésiliennes, est exemplaire.

Nous croyons, comme vous, que des populations qui ont les moyens de bien se nourrir, d'être en santé et d'accéder au savoir créent des sociétés responsables.

Et nous croyons que la liberté d'expression, la primauté du droit et le respect des droits de la personne sont des terreaux fertiles pour la prospérité.

Nous nous réjouissons de la vitalité des relations commerciales entre nos deux pays. Le Brésil est le plus important investisseur de l'Amérique centrale et du Sud au Canada.

Et le Canada entend doubler les relations commerciales entre nos deux pays d'ici 2012.

La réussite du Brésil sur le plan commercial est remarquable et n'a cessé de progresser ces dernières années. Votre pays est le moteur de l'économie sud-américaine.

Les Amériques et le monde voient en vous un modèle de développement.

Pour tant de femmes, d'hommes et de jeunes, vous représentez cette aspiration à vivre mieux dans une société plus juste, plus équitable et plus pacifique.

Le Brésil incarne aujourd'hui cet espoir-là.

Et c'est précisément cet espoir-là que je suis venue saluer et célébrer au nom de la population canadienne.

Le Brésil et le Canada sont partenaires au sein de plusieurs organismes internationaux, notamment l'OMC, l'OEA, l'UNESCO.

Je mentionnerai également le travail que nous effectuons de concert avec neuf autres pays de l'Amérique centrale et du Sud en vue d'aider nos frères et nos soeurs d'Haïti à sortir du cercle pernicieux de la misère et de la violence.

Je suis née en Haïti, que ma famille a dû fuir pour échapper au régime de terreur sans merci de François Duvalier.

Je sais ce que signifie pouvoir vivre dans un pays comme le Canada où tout est possible lorsqu'on y met du sien.

Et j'espère de tout coeur que cet élan de solidarité à l'endroit du peuple haïtien soit reçu par le monde entier comme un témoignage des liens qui unissent les peuples d'Amérique.

J'y vois également un devoir éthique, qui honore votre pays et les autres participants, et qui enrichit notre sens de l'humanité.

Permettez-moi d'endosser vos propres paroles, Monsieur le Président, et de dire avec vous qu'il ne faut pas commettre "l'erreur d'ignorer le cri terrible des exclus".

"Aux pauvres, dites-vous, il faut donner des raisons de vivre, pas de tuer ou de mourir".

Que vos paroles soient pour nous tous, des Amériques et d'ailleurs, une source d'inspiration.

Que les jeunes qui marchent aujourd'hui dans nos pas les entendent et les méditent.

Je sais que le Brésil est un pays riche de sa jeunesse.

Je tiens à rappeler qu'il y a actuellement plus de 12 000 étudiants brésiliens au Canada.

Voilà autant de nouveaux liens d'amitié qui sont en train de se nouer entre les jeunes de nos pays et qui s'ajoutent à notre collaboration fructueuse.

Et des jeunes de partout dans les Amériques vont bientôt déferler sur le Brésil pour participer aux Jeux panaméricains.

Le Canada vous remercie chaleureusement de les accueillir en si grand nombre et de leur permettre de vivre ensemble une expérience qui restera à jamais gravée dans leur mémoire.

Je crois fermement que la mémoire est cette chose impalpable et précieuse qui éclaire l'avenir.

Et la mémoire de la femme qui se tient devant vous a des racines profondes dans le continent africain.

J'ai eu l'immense privilège d'explorer cet héritage de mes ancêtres alors que j'effectuais l'automne dernier un voyage d'Etat dans cinq pays d'Afrique.

Je sais que le Brésil est le pays qui compte la plus grande population d'origine africaine, en dehors de l'Afrique.

On dit que sur les quelque quinze millions d'Africains qui ont traversé l'Atlantique, dans les cales des bateaux négriers, environ trois millions et demi débarquèrent au Brésil.

De ces racines africaines est montée une sève unique qui coule maintenant dans les veines du Brésil.

J'en ai vu des traces émouvantes partout où je suis allée à ce jour, particulièrement à Salvador où j'ai commencé ce voyage.

A Salvador, j'ai pu constater le travail qu'accomplissent de nombreuses ONG dans un esprit de solidarité et en vue de contrer l'exclusion sociale.

A Sao Paulo, capitale économique de votre pays, j'ai loué le dynamisme des échanges commerciaux entre nos deux pays et l'esprit d'entreprise qui anime la Chambre de commerce canado-brésilienne.

Je leur ai dit que le Canada devait s'inspirer de l'audace des investisseurs brésiliens chez nous.

Par ailleurs, mon mari, Jean-Daniel Lafond, cinéaste de profession, a rassemblé des artistes, des producteurs et des créateurs, brésiliens et canadiens, pour discuter des répercussions des nouvelles technologies sur l'environnement audiovisuel.

A Rio, j'aurai non seulement le plaisir de participer à l'ouverture officielle des Jeux panaméricains, mais je prendrai le temps d'aller à la rencontre de quelques ONG qui déploient des efforts remarquables en vue de mobiliser une jeunesse autrement livrée à la rue.

J'étais impatiente de vous rencontrer ici à Brasilia, Monsieur le Président, pour vous faire part de mes impressions et pour revoir l'homme que j'ai rencontré il y a 12 ans alors que j'étais journaliste, et que je retrouve aujourd'hui à la tête du pays qui s'annonce comme l'une des grandes puissances du 21e siècle.

J'aimerais terminer sur une phrase d'une écrivaine de chez vous qui capte bien, à mes yeux, la portée et la profondeur des convictions que le Brésil et le Canada partagent sans concession.

Lya Luft écrit : "L'idée que la vie est un bien et que nous méritons la liberté et le bonheur se transmet en y croyant".

Nous y croyons, Monsieur le Président, et nous vous accompagnons dans cette croyance.

Merci.

Renseignements

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    Isabelle Serrurier
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