Congrès du travail du Canada

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09 mars 2007 10h49 HE

Statistiques de l'emploi : Les bons emplois avec de bons salaires ne sont pas importants pour le gouvernement fédéral

OTTAWA, ONTARIO--(CCNMatthews - 9 mars 2007) - Trente-cinq mille Canadiens et Canadiennes ont perdu leurs emplois le mois dernier dans le secteur manufacturier. Un secteur où le salaire moyen est de 20,68 dollars l'heure. L'enquête sur la population active de Statistique Canada pour le mois de février, une fois encore, souligne les épreuves que doivent vivre des milliers de travailleurs et travailleuses qui ont perdu des emplois qui payent de bons salaires dans les secteurs de production de biens et devront réduire leurs attentes parce que le pays crée surtout des emplois qui sont moins bien payés et qui n'offrent souvent que des conditions précaires. (Voir ci-dessous l'analyse de l'économiste Erin Weir qui comprend des données sur certaines villes industrielles.)

"Tout en admettant que le volume remarquable de création d'emplois du pays, nous constatons que nous avons devant nous des chiffres qui montrent que le gouvernement fédéral ne s'intéresse pas aux emplois qui payent de bons salaires. Il a abandonné les familles travailleuses en refusant de promouvoir le principe que le travail à temps plein doit donner la sécurité économique et relever la qualité de la vie. Le pays a besoin d'un plan, d'une stratégie à long terme de l'emploi, particulièrement dans les secteurs vulnérables de la manufacture et de certaines ressources naturelles, de façon à relever et maintenir le niveau de vie des familles travailleuses," explique Ken Georgetti, président du Congrès du travail du Canada.

Données sur le chômage - En février 2007, le taux de chômage a très légèrement fléchi à 6,1 %, par rapport à 6,2 % le mois précédent. La plupart des gains étaient dans le secteur des services. Un quart de tous les nouveaux emplois cette année sont du travail autonome. La proportion des emplois à temps partiel augmente. Le secteur manufacturier, de façon très accusée au Québec, mais aussi en Alberta, saigne encore : un quart de million d'emplois ont été perdus dans ce secteur depuis novembre 2002. Le chômage des jeunes, bien qu'il soit au taux élevé de 11 %, est à son taux le plus bas depuis une quinzaine d'années - une donnée encourageante.

Le nombre de Canadiennes et Canadiens qui veulent un emploi et n'arrivent pas à en trouver s'élève à 1 084 000 personnes (données désaisonnalisées).

Analyse de l'économiste Erin Weir

Secteur manufacturier - La crise s'aggrave

Le Canada a perdu 35 000 emplois manufacturiers entre janvier et février. Pour un seul mois, c'est un déclin effarant qui pousse le total des pertes depuis le sommet de novembre 2002 à 250 000.

Avec des pertes de 33 000 emplois, c'est le Québec qui a perdu le plus d'emplois manufacturiers en février. Au cours des mois précédents, des gains dans les provinces de l'ouest contre-balançaient les pertes au centre du pays. Cependant, en février, l'Alberta a perdu 6 000 emplois manufacturiers, La Nouvelle-Ecosse et la Colombie-Britannique ont chacune perdu moins de mille emplois tandis que les provinces du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Manitoba gagnaient chacune à peu près un millier d'emplois dans ce secteur.

Le travail autonome ou travail indépendant

C'est l'augmentation importante de l'emploi dans le secteur des services qui masque la crise du secteur manufacturier. Cependant, deux-tiers des nouveaux emplois créés en février sont du travail autonome (aussi appelé travail indépendant) et non pas de l'emploi salarié. Le nombre de travailleuses et travailleurs indépendants a grossi de 9 000, alors que le nombre de salariés n'augmente que de 5 000.

Salaires

A l'échelle nationale, le taux de salaire horaire moyen a augmenté de 2,8 % entre février 2006 et février 2007. Sauf dans l'Ouest du Canada, l'augmentation n'est toutefois que de 1,8 %, à peine suffisant pour suivre l'inflation. Dans la province de Terre-Neuve et Labrador, le salaire horaire moyen a baissé en termes absolus, même en tenant compte de l'inflation.

Chômage - le portrait au complet

Ces dernières années, les économistes des banques ont souligné le nombre, qui semble élevé, des emplois créés et la baisse du taux de chômage qui n'a pas été aussi bas depuis 30 années. Toutefois, les statistiques nationales marquent la crise qui continue de sévir dans le secteur manufacturier du Canada central. Le numéro de février de l'Observateur économique canadien publié par Statistique Canada signale que depuis 2000 :

- Les taux de chômage ont augmenté dans les deux villes les plus grandes du Canada, soit Toronto et Montréal;

- Le taux de chômage global de l'Ontario a augmenté;

- Le taux de chômage de Windsor a augmenté radicalement, passant de 5 % à 9 %;

- Si les changements sont moins marqués, les taux de chômage ont également augmenté à Oshawa, à Hamilton, à St. Catharines-Niagara, à London et à Thunder Bay.

Le taux de chômage national d'environ 6 % que met en évidence l'Enquête sur la population active exclut les travailleurs et les travailleuses qui, par découragement, ont cessé de chercher un emploi et ceux et celles qui sont sous-employés. Si l'on en tient compte, le taux de chômage national est d'environ 9 %.

Les inégalités

Bien que le taux de chômage national soit plus bas qu'il ne l'a été depuis 30 ans, l'écart entre les riches et les pauvres est plus grand qu'il ne l'a été depuis 30 ans. Une étude publiée par le Centre canadien de politiques alternatives ce mois-ci révèle ce qui suit :

- En 2004, les 10 % les plus riches de toutes les familles canadiennes ont reçu 82 fois plus de revenus que les 10 % les plus pauvres (ce ratio est trois fois plus élevé que celui de 1976);

- Les 10 % les plus riches de toutes les familles ont des revenus beaucoup plus élevés qu'elles n'en avaient en 1996 sans effectuer plus d'heures de travail;

- Les autres 90 % des familles effectuent en moyenne 200 heures de travail de plus par année qu'en 1996 sans que leurs revenus n'aient augmenté de façon appréciable.

Le Congrès du travail du Canada, voix nationale du mouvement syndical, représente 3,2 millions de travailleuses et travailleurs canadiens. Le CTC réunit les syndicats nationaux et internationaux du Canada, les fédérations provinciales et territoriales du travail et 136 conseils du travail régionaux. Site web : www.congresdutravail.ca

Renseignements

  • Congrès du travail du Canada
    Jean Wolff, Communications
    613-526-7431 et 613-878-6040
    ou
    Congrès du travail du Canada
    Erin Weir, économiste
    613-526-7412